lundi 19 novembre 2007

Urbanisme en crise (4): vive l'étalement urbain, à bas l'urbanisation dispersée


La France est un drôle de pays. Nous disposons d'une offre foncière importante, d'un niveau de contrainte environnementale raisonnable (inondations, secousses sismiques, protection diverses) et pourtant nous avons réussi à générer une rareté foncière, un développement sans précédent de la construction à distance des villes et des bassins de vie principaux accompagné d'une réglementation de l'urbanisme pléthorique.

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer divers aspects de cette question, l'abondance réglementaire, le lien entre offre foncière et immobilière sur les niveaux de prix , le refus de laisser nos villes croître naturellement et la duplicité de nos concitoyens pour lesquels tout est acceptable sous réserve de préserver leur quiétude (Not in my backyard).

Je souhaiterais cette fois ci m'intéresser aux représentations des urbanistes lorsqu'ils établissent les documents qui précisément génèrent rareté, spéculation et accroissement des distances domicile-travail ou domicile-services.

Ce résultat est en effet obtenu en contradiction avec tous les objectifs affichés.
La lutte contre l'étalement urbain, la limitation des flux, la protection des espaces agricoles sont affirmés haut et fort dans tous les diagnostics qui prennent leur forme la plus aboutie dans les P.A.D.D. (plan d'aménagement et de développement durable).
A cette fin, un ensemble de moyens sont mis en oeuvre pour contraindre la ville dans des limites dont la géométrie est conçue comme le liseré d'une image préétablie qui doit être défini par les règles du plan.

La ville et l'urbanisation apparaissent comme la partie d'un tout limité au territoire de référence, l'agglomération, le pays, le canton qui doit receler l'ensemble des ingrédients considérés comme indispensables pour développer un territoire de manière équilibré.

On doit notamment y trouver un peu de nature, un peu d'agriculture, un peu d'équipement, quelques infrastructures et une urbanisation intersticielle dont on évalue a priori la capacité à répondre à des besoins dont il s'avère qu'ils sont le plus souvent sous évalués.
Cette construction très techno. des équilibres des territoires n'est jamais confrontée à la réalité avant la mise en place du plan suivant qui d'ailleurs restera de la même eau. En fait c'est le décor de la Ville qui intéresse, et une comédie urbaine que que l'ont écrit.

Il est quand même étonnant que nous n'ayons entendu aucun urbaniste alerter les opinions publiques sur l'incapacité manifeste des règlements en vigueur à endiguer la crise du logement ou plutôt sur leur propension à créer la dite crise.
S'ils avaient été médecins, ils auraient laisser s'étendre l'épidémie au motif que tout avait été fait dans l'ordre.

Aucune auto-critique, comme le montre la contribution des agences d'urbanisme au Grenelle de l'environnement.

Tout y est dit sauf une chose: le développement des villes doit en premier lieu répondre aux besoins de ses habitants et de ceux qui souhaitent s'y installer.

Pire nos urbanistes ne se sont pas totalement débarrassés de l'idéologie de l'homme nouveau qui a fait flores dans les années 5O. Si les comportements mettent en cause le plan c'est sans doute que le niveau de contrainte est insuffisant.

Si les terrains urbanisables conçus comme d'une surface optimum n'ont pas suffi à combler les attentes des habitants c'est sans doute qu'ils n'ont pas compris l'intérêt d'une plus grande densité des constructions, que le système économique ne les a pas rendu assez fortuné pour acheter le logement collectif avec parking souterrain et grande terrasse si enviable, ou que les promoteurs ne comprennent pas l'intérêt de concevoir des logements qui ne se vendent ou ne se louent pas mais qui ferait si bien dans le décorl..

En voulant programmant l'extension urbaine à des horizons trop proches (10 ans environ) en pariant sur des modifications de comportements qui évolueraient plus rapidement que ce que nos esprits humains peuvent accepter (l'acceptation de la densité par exemple), en privilégiant celui qui habite sur celui qui s'installe, en méconnaissant la réalité socio-démographique du pays, les urbanistes ont conçu un mode de représentation qui s'avère dévastateur pour les équilibres sociaux et la bonne gestion des ressource. Dans tous les cas ils ont tourné le dos à leurs objectifs.

La lutte contre l'étalement urbain dans le bassin de vie a abouti à la construction massive et parfois exponentielle hors du dit bassin qui de facto s'accroît largement hors de ses murs au point ou un espace d'urbanisation indifférenciée voit le jour sur nombre de territoire que l'on essaye par ailleurs de repolariser par des politiques d'équipement et de transport en commun.


Dit autrement on a généré à la fois une charge supplémentaire pour les ménages qui se satellisent dans le même temps que l'on rend moins efficaces socialement et donc plus coûteux les efforts d'équipement que l'on engage.

Ce phénomène est encore accru par la tendance à une moindre population des zones centrales des agglomérations assorti de ce que certains appellent leur "embourgeoisement définitif".

Les familles aux revenus modestes au loin et les ménages d'isolés au centre et nous auront constitué l'absolu contre-modèle.


N'oublions pas en effet que les flux sont pour l'essentiel constitués par les déplacements des individus et non par la localisation a priori de leur maison.

Une maison vide génère peu de flux, et la densité dont il est si souvent question devrait plutôt s'analyser en terme d'habitants que de constructions.

Une forte densité loin des emplois et des services sera par exemple fort génératrice de flux. On devrait sans doute y réfléchir au moment ou la rareté foncière rend possible la réalisation de logements collectifs en milieu hyper rural.

Finalement un étalement raisonnable des zones urbanisées peut être vertueux et socialement bénéfique s'il permet limiter la dispersion de l'urbanisation sans lien avec les services et les emplois.
A vouloir trop endiguer on finit par "lâcher les digues".