dimanche 23 décembre 2007

Logement social et aristocratie d' Etat










Les faits récents concernant le logement dans le parc public de hauts fonctionnaires et de personnalités politiques importantes, posent la question du démantèlement nécessaire d’une aristocratie d’Etat, qui subsiste dans notre pays et qui joue du légal contre l’immoral, pour préserver ses avantages et ses prébendes.
Après Bolufer, Chevènement s’est fait prendre la main dans le pot de confiture alors qu’il loue non pas 1 mais 2 logements sociaux, un à Paris et un à Belfort.
L’un comme l’autre mettent en avant leur bon droit, et force est de reconnaître que le droit leur est favorable tant nos règles semblent inadaptées.
L’Etat se montre ainsi sous son vrai jour.
Légitime et moderne quand il s’agit d’assurer la cohésion nationale par un effort de solidarité, l’essence même du logement social, l’Etat apparaît également archaïque dans sa protection des élites et profondément injuste dans l’usage de ses ressources à savoir l’impôt.
Réconcilier ces deux attitudes contradictoires est sans doute l’un des enjeux les plus lourds des prochaines années si l’on souhaite fonder sur la confiance la relation politique.
La nation ne pourra pas en effet tolérer plus longtemps un Etat qui à l’insu de son plein gré est égalitaire pour tous au profit de quelques uns.
Cette situation se constate d’ailleurs pour la plupart des services publics qui comme la santé ou l’éducation masquent sous le discours de l’égalité, une pratique inégalitaire qui privilégie les plus riches, les plus informés les plus interventionnistes et ceux qui ont dans leur entourage des copains riches, informés ou interventionnistes.
En matière de logement la loupe est encore plus déformante et révèle exclusivement l’influence pour elle même que l’aristocratie d’Etat a su conserver au travers du temps.
Cette aristocratie d’Etat ne mobilise pas ces capacités pour rien et limite ses prébendes aux situations à forte valeur ajoutée, qui lui permettent indépendamment de ses revenus, qu’elle juge toujours insuffisant, de se maintenir dans la cour des grands, c’est-à-dire des plus riches.
Un préfet, un homme politique important, un membre des grands corps de l’Etat, si gradé soit-il, ne peut plus se payer un logement à Paris alors même qu’il est en poste en province, le patrimoine public sera mis à profit pour lui conserver ce privilège.
Le plus étonnant réside dans le caractère parfaitement légitime pour les intéressés eux mêmes de cette situation, qu’ils décrivent comme l’usage légal de la part privé du parc public de logement.
Ils acceptent par là-même que l’Etat ou les collectivités publiques qui n’ont plus la capacité de réaliser des logements sociaux dans le centre de Paris investissent plus encore pour offrir des logements à ceux qui en ont le moins besoin.
Ils l’acceptent parce qu’ils se sentent différents et qu’ils imaginent que la collectivité leur est spécifiquement redevable.
Ils l’acceptent parce que le plus souvent, ils confondent le droit et la morale comme ils distinguent sans vergogne le discours pour les autres ou discours politique et le plaidoyer pro domo qu’ils n’hésitent pas à faire valoir auprés des services gestionnaires de ce qu’ils considèrent être les avantages de leurs charges.
L’actualité nous montre que ceux qui pourfendent les dépassements de ressources chez les locataires HLM ou la plus value potentielle réalisable par un locataire HLM qui achète son logement savent choisir, sous louer, faire repeindre et cumuler l’occupation de logements publics.
Quand la perception de tous et les intérêts de quelques uns sont à ce point irréconciliables, la règle doit évoluer et la proposition de Denis Baupin élu Vert de Paris de rendre a minima tout le parc public, définitivement social, est à tous égards salutaire.
Au même titre, la proposition de Nicolas Sarkozy de limiter le maintien dans les lieux dans le parc HLM pour ceux qui disposent de moyens suffisants pour se loger dans le parc privé, constitue sous réserve d’application une véritable avancée
Si tel était le cas et si les petits marquis devaient déménager, eu égard à leur extrême qualité présumée, la mise en place d’un soutien psychologique s’avérera sans doute nécessaire face à l’ébranlement de tant de certitudes. Une quote-part des loyers HLM perçus sur les logements ainsi libérés et occupés par les sans logis qui en ont bien besoin, pourrait sans doute être affectée à cette fin.
Bon Noël à tous...