vendredi 22 février 2008

Ma ville chérie: dure dehors, tendre dedans (en projet)

Article en construction
Avec 1 million de ménages mal logés, des parcours de formation et d’emploi bloqués faute de logements et des avantages à ceux qui habitent au détriment de ceux qui arrivent la crise de l’urbanisme est patente.

Dans un pays jacobin cette crise passe par une uniformité des représentations technocratiques de la ville et des territoires qui s’imposent aux élus qui administrent un territoire fragilisé car fragmenté en un trop grand nombre de communes.

Cette inefficacité croissante de ce que l’on appelait jadis l’aménagement du territoire procède d’un ensemble de facteurs.


Par obésité formelle les documents d’urbanisme sont devenus par construction, anti-démocratiques. Nul n’est censé ignorer la loi mais personne ne sait plus ce que contiennent les documents d’urbanisme. Ils sont composés d’une somme réglementaire très contextuelle, mélange d’un malthusianisme constant de la gestion des espaces, d’une prise en compte excédentaire d’un foncier a priori destiné aux équipements publics, et des petits accommodements des élus avec quelques riverains influents, rançon des technocrates de l’urbanisme au pouvoir politique local.

L’ensemble se met en place dans le cadre d’une conception hyper administrée de l’urbanisation. Chaque nouveau territoire à urbaniser doit constituer un projet dit cohérent censé s’inscrire dans une image, valorisant instantanément le pouvoir politico-technique.
Peu importe si le projet nécessitera plusieurs mandatures et ne présente qu’une faisabilité limitée voire inexistante. L’urbanisation nécessaire, issue du développement naturel des villes est troquée pour un urbanisme restrictif et séquentiel, fait de grandes zones à aménager que l’on présente avec avalanche de plans masse illustrés. On agit par nostalgie de l’urbanisme des années 60 (les grands projets) matinée de post-modernisme (la rue et l'îlot),voire de régression néo-médiévale (le plan masse découpé avec construction en coeur d'îlot). Rien de tout ça ne se mettra réellement en œuvre mais on aime à penser avoir marqué son temps avec ces grands projets.

Cette tyrannie de l’image aboutit inexorablement au rejet de cette phase de désordre primitif à toute urbanisation naturelle. J’appelle urbanisation naturelle celle qui procède de la décision d’acteurs multiples fédérés au fil du temps, par une politique d’infrastructure conçue de manière suffisante, pour que la continuité et la fluidité soient assurées. l'intelligence de ces infrastructures doit également permettre en lien avec la programmation de l'urbanisme de limiter la rente foncière en la rendant a minima sensible aux aléas socio-économiques. Le foncier valeur refuge est sans doute la situation la plus pénalisante pour le développement harmonieux de l’habitat populaire et de l'activité. Dans cette situation la puissance publique peut également être amenée à procéder à de grands travaux de remaniage des espaces, permettant de retrouver l’organisation et la continuité des espaces urbains.

Cette allergie au désordre temporaire dans la ville aboutit au développement chaotique de territoires plus vastes et indifférenciés. Pour compenser comme ils le peuvent le manque de foncier, le manque de logement, les surcoûts d’un urbanisme aberrant, les populations tentent comme elles le peuvent de se loger au plus loin des centres, là où la rente foncière redevient acceptable. Il s’ensuit la mise en œuvre du contre-modèle exact de ce que les préambules des documents d’urbanisme mentionnent, avec une augmentation exponentielle des trajets domicile travail et domicile-services. Ces développements ont été tels dans la dernière décennie que de nouveaux équilibres sont parfois en train de se former sur certains territoires ruraux qui redeviennent attractifs pour les emplois. Une sorte de modèle émerge de la mise en œuvre du contre modèle, la campagne urbanisée comme ironie du territoire.

Dans le même temps nos élus des centres-villes font comme si la centralité continuait de s’affirmer au travers de leurs politiques. Ils développent les transports en communs, les liaisons douces et les parkings centraux.

Parmi les transports en commun les principaux bassins d’habitat optent progressivement pour le tramway, outil s’il en est de la centralité renforcée par des lignes en étoiles ou par la reconstitution des douves à la parisienne (le corridor périphérique accentué par le tramway marque encore plus la césure au sein d'un territoire dont tout laisse à penser qu'il devrait être continu). Il s’agit là aussi d’une reconnaissance de l’ordre établi avec la prééminence du centre-ville symbolique sur son espace d’influence.

Dans le même temps la réalité des territoires se met en place de manière disjointe avec le développement de l’espace indifférencié, mais également avec la mise en œuvre à l’immédiate périphérie de la ville de polarités d’équilibre.

Ces petits centres répondent aux exigences de la fragmentation politique communale ou à la segmentation des places commerciales, à différentes échelles (modestes centres de petits commerces, supermarché, hypermarché etc…).

Certaines de ces nouvelles polarités situées sur ces lignes de tramway renforceront leur rôle de dortoir et s’intégreront plus fortement à l’espace urbain principal, d’autres vivront encore plus hors de cette espace, voire pour certaines rayonneront sur un vaste espace rural alentours. Le tramway censé relier au sein d'un espace urbain constitué contribuera le plus souvent à introduire une différenciation supplémentaire au sein des espaces de vie.

Alors même que les tramways avancent, les élus centraux se démènent pour créer toujours plus de stationnements en centre-ville seuls de nature à contribuer, nous dit-on au maintien du petit commerce. Pour ce faire il ponctionne largement les ressources communales au profit des commerçants et de leurs clients mais surtout au profit des populations de centre-villes, guettées bien souvent par un phénomène d’embourgeoisement définitif.

L’investissement en stationnement est dans le même temps mis à la charge des locataires ou des acquéreurs en périphérie ou en zone rurale. Ils payent l’impôt pour que les ménages plus aisés des centre-villes puissent trouver une place pour leur voiture (beaucoup de municipalité pratique le stationnement résidentiel à 1€ la nuit), ils payent leur propre stationnement (jusqu’à 3 places réelles par logement en périphérie), et repayent lorsqu’ils viennent en centre-ville pour pouvoir se garer. Tout cela contribue, vous l’avez compris à la ségrégation dans la ville et à la contribution des collectivités publiques à la rente foncière et immobilière.

A chaque fois que pour des raisons de densité vertueuse, des parkings souterrains en grand nombre sont imposés aux constructeurs et donc aux habitants en périphérie, l’aberration de la distance aux services et aux emplois se trouvent encore renforcée par l’investissement massif dans ces cathédrales à voitures dont le coût prohibitif n’a d’égal que leur non-réversibilité.

Le modèle tout voiture s’inscrit alors dans le béton à un prix unitaire qui équivaut à une à 3 fois le prix du véhicule qui s’y abritera tant que les dispositifs de voiture partagée, ou de véhicules technologiquement incompatibles avec le stationnement souterrain,n’auront pas vu le jour. De manière anti-écologique la proximité ainsi créée entre le véhicule et le logement incite à son usage au détriment y compris d’une bonne hygiène de vie qui s’accommode fort bien de trajets réguliers à pied.

Nous touchons là à l’urbanisme de la qualité de la vie. Les voitures, on les cache, les trajets routiers on les agrémente par une avalanche de plantations sur les terre-pleins centraux, les bas cotés et les rond-points. Tout est fait pour faciliter l’usage de la voiture. Tout est
fait également pour améliorer sur fonds publics les espaces des proximité des quartiers anciens magnifiant ainsi les espaces libres à grand renfort de beaux jardins et de matériaux nobles.

Dans le même temps les quartiers nouveaux doivent tout se payer, voire parfois rapporter à la collectivité au travers de taxes spécifiques ou de plus values foncières publiques.
La voiture encouragée, l’urbanisation ancienne progressivement dé-densifiée, les espaces périphériques étirés à l’envie ou densifiés à la charge des nouveaux habitants, nous avons là les ingrédients de la qualité de la vie magnifiée mais anti-écologique, anti-économique, anti-sociale, en un mot non durable.

Cette absence de durabilité s’exprime également dans l’aménagement urbain lui-même. Les plans masse sont imaginés sur des modèles excluant de leur réflexion le raisonnement bio-climatique et la capacité de production d’énergie positive. Ils restent dans la continuité de l’histoire de l’urbanisme et de l’architecture avec des professionnels qui dialoguent avec eux mêmes et éventuellement leurs aînés sans aucune prise en compte des impératifs liés aux économies de ressources.

Les théories esthétisantes viennent compléter le tableau comme moteur essentiel de la conception. L’usager en est absent, ses enfants en sont d’ores et déjà exclus par des coûts d’exploitation des immeubles exorbitants.

Pour nos urbanistes et nos élus spécialistes de la Ville, ils le sont tous, la Ville se conçoit au travers d’une symbolique simpliste qui confine au pittoresque.
La centralité et ses attributs (équipements, richesse des matériaux et des plantations) restent le seul moteur du développement de l’urbanisation. Le logement et l’activité en sont le plus souvent exclus.

L’usage est laissé de coté, peu importe si la plupart de gens vivent entre leur logement, la zone d’activité et le parking de l’hypermarché, les seuls espaces dignes de concentrer l’usage de leurs impôts ce sont le ou plutôt les centre-villes. D’un point de vue géographique ce sont souvent les espaces décorés à Noël, ce sont ceux où les services d’ordures ménagères ramassent encore des sacs poubelles (et non des containers), ce sont ceux qui ont des horodateurs pour le stationnement (sauf la nuit pour les résidents), ceux où se concentrent les cantonniers municipaux et la police municipale, ceux où l’investissement ne nécessite jamais l’obtention de subvention préalable.

Nous sommes là au cœur de l’activité municipale qui changera de forme sur les autres quartiers avec une prééminence des actions soft sociales ou culturelles. On les gère sans y investir. On y est d’ailleurs attentif à limiter ce type de dépenses en dissuadant les « cas sociaux » d’accéder à la ville.

En projet et à suivre……

1 commentaires:

CB a dit…

quand il faut remanier des zones qu'ont a laissé se développer anarchiquement, ça n'est pas plus difficile que d'anticiper un peu ? Car alors, il faut exproprier, casser , pour restructurer non ?
CB